Edouard Michelin

Décès de M. Michelin : l'épave du bateau de pêche a été retrouvée

L'épave du bateau de pêche qui a fait naufrage vendredi, coûtant
la vie à Edouard Michelin et très vraisemblablement à un pêcheur, a été
retrouvée dimanche matin au large de l'île de Sein, a indiqué un
porte-parole de la préfecture maritime de Brest.

L'épave a été retrouvée vers 8 heures dimanche matin, à 15 km à l'ouest de l'île de Sein par 70 mètres de profondeur, a précisé le porte-parole Jean-Marie Figue.


Le robot qui a "formellement identifié" le bateau n'a pas vu le corps de Guillaume Normant, 44 ans, le patron pêcheur avec qui le Pdg de Michelin était sorti pêcher le bar de ligne mais il n'est "pas exclu" que le corps s'y trouve, selon M. Figue.

Le fileyeur-ligneur de 8,50 m baptisé Liberté a coulé vendredi pour une raison inexpliquée, sans témoins, et alors que les conditions météo étaient plutôt bonnes en dépit d'une visibilité réduite, selon la préfecture maritime.

La justice a ouvert samedi une enquête sur les causes du naufrage qui a coûté la vie à Edouard Michelin au large de l'île de Sein, alors que le monde politique et économique manifestait son émotion.

La procureure de la République de Quimper, Anne Kayanakis, a ouvert une enquête judiciaire pour tenter d'éclaircir les circonstances du drame, qui s'est produit dans une des zones les plus dangereuses de la côte bretonne.

La magistrate a toutefois estimé samedi que rien ne s'opposait à cette sortie. "C'est une pratique normale de prendre des passagers, il n'y avait pas d'obstacles à la sortie en mer", a-t-elle expliqué lors d'une conférence de presse.

Parallèlement, trois enquêtes séparées ont été ouvertes par le Bureau enquête et accident (BEA) Mer, la gendarmerie du Finistère et la gendarmerie maritime.

"Mêmes si les conditions météo n'étaient pas optimales, le Cross n'avait pas signalé de conditions particulièrement défavorables ou s'opposant à la navigation", a confirmé le colonel Philippe Davadie, commandant en second du groupement de gendarmerie du Finistère.

Le président du comité des pêches du Guilvinec, Robert Bouguéon, a toutefois affirmé que M. Normant, selon son épouse, ne voulait pas sortir en mer ce jour là. "C'est son bon coeur qui l'a perdu, il n'a pas su dire non", a-t-il estimé.

L'autopsie pratiquée samedi matin sur le corps de M. Michelin a conclu à un décès par noyade. Mais M. Normant, 44 ans, était toujours porté disparu samedi en fin d'après-midi.

La disparition d'Edouard Michelin a continué à susciter samedi un afflux de témoignages d'émotion de toute la classe politique et économique.

Le président de la République Jacques Chirac s'est dit "consterné", affirmant que l'économie française était "en deuil", tandis la présidente du Medef Laurence Parisot a estimé que la France perdait "un très grand chef d'entreprise".

Le président de Renault et de Nissan, Carlos Ghosn, a jugé que ce décès était "une grande perte pour l'industrie automobile", le président de la Fédération internationale de l'automobile (FIA), Max Mosley évoquant une "grande perte" pour le sport automobile et la Formule 1.

A Clermont-Ferrand, siège historique du fabricant de pneumatiques, les ouvriers ont accueilli samedi matin la nouvelle du décès de leur patron avec tristesse et stupéfaction, mêlés d'inquiétude pour l'avenir de l'entreprise dont la direction est désormais assurée par son co-gérant Michel Rollier .

Des "registres du souvenir" ont été mis à la disposition de la population au siège du groupe.


Avec AFP

La succession d'Edouard Michelin s'annonce délicate

LE MONDE | 27.05.06 | 12h53 . Mis à jour le 27.05.06 | 15h31


l'annonce du décès accidentel d'Edouard Michelin, vendredi 26 mai,

a laissé le numéro un mondial du pneumatique dans un profond désarroi. A 42
ans, le patron est mort à la suite du naufrage d'un bateau de pêche au large
de l'île de Sein. M. Michelin était sorti en mer avec le président du comité
des pêches d'Audierne (sud du Finistère), Guillaume Normant, pour pêcher le
bar, lorsque le bateau de M. Normant, un petit fileyeur-ligneur de 8,50 m, a
coulé dans des conditions encore inexpliquées. Son corps a été repêché sans
vie à une dizaine de kilomètres des côtes.


Chronologie
1832.
Aristide Barbier et Edouard Daubrée créent à Clermont-Ferrand une fabrique de machines agricoles et d'articles en caoutchouc.

1889.
Edouard Michelin devient gérant de la société qui devient Michelin et Cie.

1895.
Michelin fait courir la première voiture sur pneus, l'Éclair.

1898.
Naissance du bonhomme Michelin, Bibendum.

1900.
Parution du premier Guide Rouge.

1929.
Michelin invente la Micheline et le pneu rail.

1935.
Prise de contrôle de Citroën que le groupe conservera jusqu'en 1975.

1946.
Michelin dépose le brevet du pneu Radial.

1955.
François Michelin, père d'Edouard, devient cogérant.

1991.
François Michelin appelle son fils comme cogérant.

1999.
Edouard devient le patron effectif du groupe.

2005.
Michel Rollier devient cogérant.


Chiffres
Résultat. Michelin est le numéro un mondial du secteur des pneumatiques avec une part de marché de 20,1 %. Le groupe a réalisé en 2005 un bénéfice net de 889 millions d'euros en 2005, pour un résultat d'exploitation de 1,57 milliard d'euros et un chiffre d'affaires de 15,59 milliards d'euros.

Production. Michelin a produit, en 2005, 197 millions de pneumatiques. Le groupe possède 71 sites industriels, dans 19 pays, et emploie 130 000 personnes, dont 34 000 en France réparties sur 18 sites. L'activité recherche emploie 4 000 personnes.

Présence à l'internationaL. Michelin est présent commercialement dans 170 pays. Le groupe réalise 49 % de son chiffre d'affaires en Europe et 36 % en Amérique du Nord (y compris Canada et Mexique).

Cartes et plans. Le groupe, qui édite le célèbre Guide Rouge, vend chaque année 20 millions de plans et cartes dans 90 pays.


Le décès d'Edouard Michelin est "une douleur pour sa famille ainsi que pour les 130 000 salariés de Michelin dans le monde", a réagi le groupe, au cours de la soirée, dans un communiqué laconique. Cette disparition tragique ouvre une ère d'incertitude pour Michelin.

Certes, le groupe a immédiatement annoncé que, "conformément aux statuts de Michelin, Michel Rollier, cogérant en exercice, assurera la continuité de la direction du groupe". Mais chez Michelin plus que dans toute autre entreprise de cette taille, la disparition du patron est de nature à déstabiliser l'entreprise.

D'abord parce que le pouvoir est avant tout incarné par un Michelin. Or derrière Edouard, personne n'est en mesure de reprendre le flambeau. Son père, âgé de 79 ans, même s'il a gardé un bureau place des Carmes, au siège du groupe, à Clermont-Ferrand, n'a plus la santé pour reprendre les commandes. Sur ses cinq frères et soeurs, un seul semble travailler - en toute discrétion - dans le groupe. Quant aux fils d'Edouard (les filles par tradition familiale ne sont pas concernées par la succession), ils sont encore enfants.

La structure familiale de l'entreprise, organisée en commandite, ne permet pas facilement l'émergence d'un futur numéro un, ce poste étant dévolu traditionnellement à un Michelin. L'actuel patron de Renault, Carlos
Ghosn, l'avait appris à ses dépens. En 1996, il crut pouvoir arriver au
sommet, mais François Michelin avait préféré nommer son fils.

Cette structure en commandite par actions - que l'on retrouve notamment chez Lagardère, Euro Disney et Elior - met en principe le groupe à l'abri d'une offre publique d'achat (OPA). A la différence d'une société anonyme, cette structure distingue deux catégories d'actionnaires : les commanditaires et les commandités. Les premiers n'ont tout simplement pas le droit de vote. Ce sont les associés commandités qui détiennent tous les pouvoirs mais, en contrepartie, sont responsables des dettes. Le gérant, qui est forcément un associé, assure la direction de l'entreprise.

Agé de 60 ans, Michel Rollier a été directeur général adjoint du fabricant de papier Aussedat-Rey avant de rejoindre Bibendum en 1997. Fils de François Rollier, lui-même cogérant aux côtés de François Michelin de 1966 à 1991, Michel Rollier est recruté comme directeur juridique puis est promu en 1999 directeur financier, et accède à la cogérance en mai 2005. A cette date, le groupe était dirigé par trois hommes : Edouard Michelin, Michel Rollier et René Zingraff, cogérant depuis 1986. Mais, âgé de 70 ans, ce dernier a pris sa retraite le 6 mai, deux ans avant que les statuts le lui imposent. Va-t-il revenir momentanément ? La nomination rapide d'un second cogérant semble évidente.

Cette crise de succession n'a cependant pas besoin d'être réglée dans l'urgence. Edouard laisse un groupe en ordre de marche. Avec une part
de marché de 20 %, la place de numéro un mondial a été reconquise en 2004 au
détriment de ses deux rivaux de toujours, Goodyear et Bridgestone.

La stratégie mise en oeuvre par Edouard depuis son arrivée à la tête du groupe lui permet d'afficher l'une des meilleures rentabilités du secteur. Le groupe a choisi de se concentrer sur les produits à forte valeur ajoutée, dégageant de fortes marges. Ainsi Michelin axe son développement sur les pneus haute performance et les pneus pour 4 × 4, au détriment du bas de gamme, beaucoup plus concurrencé. Ce positionnement permet au groupe de répercuter dans ses prix de vente la hausse des matières premières.

Il s'appuie sur une image de marque unique dans le monde du pneu. Celle-ci repose notamment sur la Formule 1. Michelin était revenu à la compétition sous la direction d'Edouard en 2001. Il avait fallu attendre 2005, et le cavalier seul de Renault et de son pilote vedette, l'Espagnol Fernando Alonso, pour que le numéro un du pneu décroche enfin les titres pilotes et constructeurs.

En désaccord avec la Fédération internationale de l'automobile, Edouard avait décidé de quitter la Formule 1 à l'issue de la saison 2006.
Avec 97 victoires en Formule 1, 342 dans la catégorie reine du motocyclisme,
14 aux 24 heures du Mans et 38 titres mondiaux en rallye, Michelin a signé,
avec une diversité inégalée à ce jour, l'un des plus prestigieux palmarès
des sports mécaniques.

Pour conforter son avance, Michelin continue de miser sur l'innovation. (A l'image de la révolution qu'a apporté le pneu radial dans l'après-guerre). La conjoncture reste toute fois incertaine. La pression des constructeurs automobiles, qui exigent des prix toujours plus bas, et l'accélération de la hausse du prix des matières premières rendent instable le contexte dans lequel évolue Michelin.

Lors de la dernière assemblée générale des actionnaires du groupe, le 6 mai, le patron du groupe avait expliqué que "la marge de manoeuvre du groupe se réduisant", les objectifs fixés en début d'exercice seraient plus difficiles à atteindre. Sans Edouard, ils le seront d'autant plus.

Stéphane Lauer (avec Jean-Jacques Larochelle)
Article paru dans l'édition du 28.05.06

Nécrologie
Edouard Michelin, PDG du groupe Michelin
LE MONDE | 27.05.06 | 12h53

Edouard Michelin, qui dirige le groupe familial depuis 1999, est mort vendredi 26 mai au large de l'île de Sein (Finistère), dans le naufrage
du bateau sur lequel il était parti pêcher avec un ami, Guillaume Normant,
lui aussi disparu. Agé de 42 ans, Edouard Michelin était père de six
enfants. Le président Jacques Chirac a rendu hommage à ce "grand chef
d'entreprise, respecté de tous ceux qui l'ont côtoyé".


Edouard était le cinquième des six enfants de François Michelin,
l'homme qui, en quarante et un ans, a transformé cette entreprise de
pneumatiques de Clermont-Ferrand, numéro dix de son secteur dans les années
1950, en numéro un mondial.

Edouard semblait avoir été programmé par son père pour lui succéder. Comment expliquer autrement que cet homme, qui ne laissait jamais rien au hasard, lui ait donné le prénom de son propre grand-père, l'illustre fondateur de la Manufacture en 1889 ? Sa vie durant, le "jeune Edouard", comme on l'a longtemps appelé à Clermont-Ferrand, n'aura connu que Michelin.
Après des études dans des établissements privés catholiques traditionnels de
Clermont-Ferrand puis de Versailles, ce jeune homme, qui prend bien soin de
ne jamais mettre son illustre patronyme en avant, intègre Centrale
(promotion 1987) sans jamais perdre l'usine de vue. Apprenti dès 16 ans, il
y retourne comme coursier cinq ans plus tard. Là encore, il tente de faire
oublier qui il est, mais sa ressemblance stupéfiante avec son père rend
impossible tout anonymat.

C'est à 24 ans que les choses sérieuses commencent. En 1987, il
effectue son stage de fin d'études au centre de recherche américain que
Michelin possède en Caroline du Sud. En 1989, après avoir choisi de faire
son service militaire comme officier chef de quart dans les sous-marins
nucléaires - "le seul endroit où l'on est en guerre même en temps de paix",
explique-t-il -, Edouard Michelin entre dans le groupe familial. Le jeune
homme a bien tenté de postuler dans d'autres entreprises, mais l'appel du
pneu est irrésistible. Très vite, il est nommé chef de fabrication à l'usine
du Puy-en-Velay, puis responsable à partir de 1991 des usines Michelin
outre-Atlantique. Dès lors, sa voie est tracée. Le 30 avril 1991, les
actionnaires reçoivent une lettre au style à nul autre pareil : "Le moment
est venu d'appeler à la gérance celui qu'après des années d'observation nous
estimons tout à fait qualifié pour assurer un jour la responsabilité de la
Maison. (...) Nous avons acquis la conviction qu'il possède les qualités de
caractère, d'esprit et de coeur que doit réunir le futur chef d'une Maison
comme la nôtre."

Huit ans plus tard, le 20 avril 1999, le ton de la lettre annuelle aux actionnaires est tout aussi inimitable. "Vos gérants ont estimé
que M. Edouard Michelin, qui joue un rôle majeur dans la stratégie et dans
la gestion opérationnelle du groupe, devra désormais être la voix officielle
de votre société et assumer la responsabilité de patron de Michelin à partir
des prochaines assemblées."

Entre les deux lettres, le dauphin a fait ses preuves. Aux Etats-Unis, où il est nommé un an après le rachat par Michelin d'Uniroyal, Edouard est à bonne école. Le patron de l'Amérique du Nord n'est autre alors que Carlos Ghosn. Bien qu'ambitieux, cet ingénieur se montre loyal et forme celui qui l'empêchera de présider un jour l'entreprise, qu'il finira par quitter.


PLAN D'ÉCONOMIE


De retour en France en 1993, Edouard devient véritablement cogérant de l'entreprise. Aux côtés de son père et de René Zingraff, il est l'un des trois hommes qui prennent toutes les décisions stratégiques. Très vite, Edouard s'impose. C'est lui, dit-on, qui est à l'origine du plan d'économie de 3,5 milliards de francs lancé en avril 1993. C'est lui aussi qui, quelques mois plus tard, convainc son père de taper du poing sur la table face à General Motors, qui lamine ses fournisseurs, et d'imposer une augmentation des prix du pneu au numéro un mondial de l'automobile. C'est lui encore qui, dès 1996, met fin à une organisation du groupe par zones géographiques et la remplace par une structure matricielle qui répartit les marchés par produits. Et comment ne pas voir sa touche le 1er février 1996, lorsque pour la première fois ce groupe obsédé par le culte du secret dévoile le nom des neuf dirigeants qui entourent les cogérants ?

Mais c'est en 1999, à 36 ans que l'héritier se fait véritablement connaître. Le 8 septembre exactement. Lorsque devant un parterre d'analystes financiers, il annonce quasiment dans la même phrase deux informations d'autant plus retentissantes qu'elles sont accolées : les bénéfices semestriels du groupe ont augmenté de 20 %, mais ses effectifs en Europe vont être réduits de 10 %. Dans ce temple du paternalisme, 7 500 personnes apprennent par la presse qu'elles vont prochainement être mises sur le carreau. Les marchés apprécient : le cours de Bourse flambe de 12 % le lendemain. Le gouvernement de Lionel Jospin beaucoup moins. En quelques minutes, l'austère catholique qu'est Edouard Michelin est devenu l'incarnation des patrons qui licencient pour faire grimper le cours de Bourse.

A demi-mot, le jeune homme reconnaît son erreur et en tire rapidement les conséquences.

Le groupe met en place une véritable stratégie de communication.
En 2000, il revient en formule 1. En 2001, il permet aux Concorde de
redécoller quelque temps en les équipant d'un nouveau pneu, après la
catastrophe de Garges-lès-Gonesse.

Surtout, Edouard Michelin modifie sensiblement sa politique sociale. En 2000, il s'engage personnellement dans une négociation homérique sur les 35 heures. En 2001, il organise les premières journées "Portes ouvertes" qu'ait jamais connues l'usine de Clermont-Ferrand. Près de 20 000 Clermontois s'y rendent, dont le maire et sénateur socialistedu Puy-de-Dôme.
En 2002, Edouard annonce, dans Le Monde, qu'il lance un ambitieux plan
d'actionnariat salarié : une véritable révolution dans ce groupe dont la
structure - une société en commandite - permet l'opacité la plus totale. On
ne sait toujours pas quelle part du capital détient la famille Michelin.

Car Edouard est resté un Michelin. Le groupe ne publie toujours
pas les rémunérations de ses dirigeants. De même se tient-il toujours à
l'écart du Medef, même si l'entrée de Laurence Parisot au conseil de
surveillance du groupe en 2005 est sans doute l'amorce d'un changement.

Même s'il communiquait davantage que son père, Edouard était un
homme secret. Sans notice dans le Who's Who. La seule fête mondaine à
laquelle il participa fut son mariage, en 1992. Célébrée dans la cathédrale
de Chartres par son frère aîné, le Père Etienne Michelin, la cérémonie
rassembla plus de 2 500 invités. On disait Edouard fanatique de vitesse ou
de cueillette de champignons, mais c'est en mer qu'il est mort. Ce départ
prématuré ouvre une période d'incertitude pour le groupe, mais elle a un
précédent. Dans les années 1930 déjà, Etienne (le père de François) et son
frère Pierre étaient morts prématurément alors qu'ils devaient succéder à
Edouard. Cette tragédie obligea celui-ci à travailler plus longtemps que
prévu puis à confier les rênes à son gendre Robert Puiseux, le temps que son
petit-fils, François prenne le relais une vingtaine d'années plus tard.

Dès l'annonce de la mort le groupe a fait savoir que Michel Rollier, actuel cogérant, assurera la direction. Agé de 60 ans, il n'est autre que le fils de François Rollier qui fut cogérant de François Michelin.
Même multinationale, Michelin reste une affaire de famille.

Frédéric Lemaître
Article paru dans l'édition du 28.05.06


En 2000, le discret Edouard prenait les rênes de Michelin
LE MONDE | 26.05.06 | 20h48 . Mis à jour le 26.05.06 | 20h56

ans un article daté du 3 février 2000, Le Monde dresse le
portrait de l'arrière-petit-fils du fondateur de l'entreprise dont il venait
de prendre les rênes.


Fondé à Clermont-Ferrand par Edouard Michelin, à la fin du XIXe
siècle, l'actuel numéro deux mondial du pneumatique s'apprête à entrer dans
le XXIe siècle avec un autre Edouard à sa tête. Arrière-petit-fils du
fondateur, le nouveau patron du groupe perpétue ainsi, à trente-six ans, la
tradition dynastique. Avec ses 81 milliards de francs de chiffre d'affaires
et ses 127 000 salariés dans le monde, le groupe présente la singularité
d'être toujours contrôlé par une société en commandite.


Comme son père, François, Edouard Michelin cultive la discrétion. Son domicile clermontois, dans une ruelle de la vieille ville, montre que l'ostentation n'est pas le genre de la maison. De son parcours, la biographie officielle de la manufacture ne dit pas grand-chose. Si ce n'est qu'il a été très rapide. Diplômé de Centrale-Paris, il intègre le groupe en 1985. Directeur de l'usine du Puy-en-Velay, il continue à faire son "apprentissage de patron" aux Etats-Unis, aux côtés de Carlos Ghosn, devenu patron de Nissan. Nommé cogérant en 1991, il rentre en France en 1993. La profonde réorganisation du groupe, début 1996, porte indéniablement sa marque. La consécration vient en avril 1999. Même si François Michelin et René Zingraff restent cogérants du groupe, Edouard est désigné pour être "la voie officielle" et pour prendre "la responsabilité de patron de Michelin".

La première grande décision dont il doit assumer la paternité le
propulse, à son corps défendant, sur le devant de la scène. Les 7 500
suppressions de postes en Europe annoncées en septembre 1999 sont un
véritable électrochoc. La ville se demande avec inquiétude si la litanie des
plans sociaux finira un jour. Depuis le début des années 80, l'effectif des
Bibs est passé de près de 30 000 à 14 000 aujourd'hui. D'ou une
interrogation locale : quelles sont les intentions de l'entreprise qui a
fait l'essentiel du développement de la capitale auvergnate ?


Dans un entretien à La Montagne, Edouard Michelin a donné des
éléments pour dépasser les clichés anciens : "Il faut arrêter de coupler les
joies et les difficultés de Michelin au quotidien à tout ce qui se passe à
Clermont. Michelin est une industrie à Clermont et non pas l'industrie de
Clermont."

Armand Manuel et Rouger Jean-Pierre

 

 

[ Liste au fil du temps ]

[ Retour à l'accueil ]