Un goudron glouton pour absorber la pollution

 

 

La ville de Dinan, dans les Côtes-d'Armor, teste, depuis début octobre, un procédé pour le moins innovant. Quelque 2 500 m2 de chaussée ont été revêtus d'un goudron de couleur grise qui "absorbe" pour partie la pollution automobile. Le procédé a été breveté par le centre de recherche, basé à Mérignac (Gironde), de Vinci, premier groupe mondial de BTP. Baptisé NOxer, le produit est développé en partenariat avec le japonais Mitsubishi Materials et expérimenté pour la première fois en France sur une superficie aussi importante. "Ce coulis de quelques centimètres d'épaisseur recouvre le revêtement classique de la route, explique Michel Pognant, directeur de la recherche d'Eurovia, filiale de Vinci. Le ciment contient du dioxyde de titane, qui réagit au rayonnement du soleil ou à la lumière artificielle d'un parking par exemple. Cette réaction, dite de photocatalyse, piège les molécules de dioxyde d'azote et les transforme en nitrates rejetés à doses infinitésimales. Ces rejets se font à des concentrations très en deça des seuils considérés comme polluants." Rien qu'en France, près de 1 million de tonnes d'oxyde d'azote (NOx) s'échappe chaque année dans l'atmosphère, dont 46 % en provenance des pots d'échappement. Le dioxyde d'azote libéré dans l'air est nocif pour la santé, irritant notamment les voies respiratoires. Le procédé NOxer a déjà été testé en Italie et en France sur des murs antibruit, notamment sur le périphérique parisien et le long d'une voie rapide près de Lannion. Ces essais ont démontré qu'au contact du revêtement, 90 % des molécules de dioxyde d'azote étaient absorbées. Par contre, l'efficacité n'était que de 30 % au niveau de la voie rapide. D'où un nouveau test, sur la chaussée, pour que la source de pollution, les pots d'échappement, soit le plus près possible de NOxer. Un autre expérimentation est également prévue à partir de novembre à Montlouis, près de Tours. Si ces essais se révèlent concluants, le procédé pourrait, selon l'entreprise, être utilisé au centre des zones urbaines afin assainir l'air respiré par les piétons. Les techniciens cherchent désormais à élargir le rôle dépolluant du goudron. "Nous réfléchissons à intégrer dans notre formule des composants capables de neutraliser d'autres polluants, notamment les gaz à effet de serre comme le gaz carbonique", précise M. Pognant. Seul inconvénient, ce revêtement coûte entre 10 et 15 euros le mètre carré, soit le double d'un revêtement classique. Ce qui entraîne un surcoût de 20 % à 30 % pour l'ensemble d'une route.

Isabelle Rey-Lefebvre

Article paru dans l'édition du Monde du 22.10.06

 

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