JARDINAGE

 

 

Toujours vert, le laurier-tin reste un chouchou de nos villes et de nos
campagnes

Le laurier-tin fleurit un peu quand il veut au cours de l'hiver. Et il le
fait ensuite de façon quasi permanente pour peu qu'il ait suffisamment d'eau
pour croître sans marquer de pause pendant l'été et qu'il soit planté loin
des régions méditerranéennes, où il pousse de façon endémique sur des
terrains plutôt calcaires - encore que les sols à tendance acide soient loin
de lui déplaire. C'est ce que l'on peut observer à Paris, dans la banlieue,
et jusqu'en Normandie.
Il n'est donc pas surprenant que ce bel arbuste à feuilles persistantes,
vert foncé, très feuillu et branchu, soit devenu l'une des plantes les plus
populaires des jardins de ville et de la campagne. Ajoutons à cela qu'il
accepte de pousser en bacs sur les terrasses et les balcons sans autre
difficulté que celle qui consiste à alimenter les potées en eau de façon
régulière. Le laurier-tin acceptera un petit coup de sécheresse, quand les
conifères, moins plantés qu'autrefois au même endroit, périssent au premier
manque d'eau sévère.
Il y a trente ou quarante ans, on croisait beaucoup moins souvent le
laurier-tin dans les régions situées au nord de la Loire. Il réservait alors
ses fleurs à la fin de l'hiver et au premier printemps. Mais les floraisons
prolongées que nous observons depuis quelque temps sur les vieux arbustes
laissés libres sont-elles le résultat des effets du réchauffement climatique
ou les conséquences d'une mémoire défaillante de la plante ?
Le Viburnum tinusest le plus beau, arborant des corymbes en boutons
rose-violine. D'autres portent quelques fleurs blanches et d'autres enfin
quelques graines d'un bleu foncé, presque de la couleur de la fonte, sur le
même pied et en même temps. Ceux qui sont régulièrement taillés - ce que
cette plante supporte aisément - ont une floraison davantage rythmée par les
saisons.
AUSSI LARGE QUE HAUT
Cet arbuste toujours vert est facile à bouturer. Une jeune branche de 30
centimètres de longueur - défeuillée sur la moitié et de trois ou quatre
millimètres de diamètre - mise en pleine terre maintenant sera racinée en
mai prochain avec un taux de réussite de presque 100 %. Et comme le laurier
pousse vite quand il est installé dans une terre humifère gardant bien
l'humidité, qu'il réagit bien aux engrais, son succès n'est pas inespéré.
Cela étant, lors de l'achat, évitez au maximum d'investir dans des grosses
touffes, toujours onéreuses. Préférez-leur des pieds de 30 à 50 centimètres,
qui pourront être plantés en haies libres en espaçant les pieds de 1 mètre,
ou en isolé, sur une pelouse, au tournant d'une allée. Mais n'oubliez pas
que le laurier-tin peut culminer à plus de 3 mètres et être aussi large que
haut. Bien qu'il préfère le plein soleil, il acceptera de bon gré une
exposition semi-ensoleillée.
Sa résistance au froid est variable et certains pieds ont gelé au ras du sol
en 1985-1986, comme les lauriers-cerises, qui sont heureusement passés de
mode plantés en haie, un usage pour lequel cet arbuste de grand
développement et aux grandes feuilles, redoutant le calcaire, n'était pas
fait. D'autres ont vaillamment supporté des températures de - 15o à - 20o
pendant plusieurs jours.
Un autre arbuste s'est, lui aussi, imposé rapidement dans les jardins :
l'oranger du Mexique. Un arbuste qui ne paie pas de mine quand on l'achète
en conteneur pour le planter au jardin. Il semble plutôt rabougri dans son
jeune âge, avec un feuillage d'un vert pâlichon si peu engageant que l'oil
n'est pas attiré par ses quelques faibles branches avec des feuilles palmées
tout aussi malingres.
Mais bien installé contre un mur en plein soleil, le Choysia ternata change
vite de mine. Il s'étoffe d'une façon insoupçonnable, pousse dru et porte un
nombre incalculable de fleurs blanches parfumées, en mai puis en septembre
et parfois de façon éparse tout au long de l'été. Il monte moins haut que le
laurier-tin. Mais il a tendance à s'élargir beaucoup plus de la base du fait
des très nombreuses branches qu'il développe latéralement là où le
laurier-tin a tendance à prendre le port d'un petit arbre, doté de deux ou
trois troncs.
L'oranger du Mexique peut néanmoins atteindre ou même dépasser un peu les 2
mètres de hauteur et autant de largeur. Il est facile à tailler au sécateur,
après sa première floraison, mais nous le préférons livré à lui-même et
juste aéré, une année sur deux, par la suppression de quelque vieille tige
partant de travers. Il arrive qu'un hiver un peu rude lui fasse perdre des
branches, voire toutes, mais, scalpé au printemps de manière sévère, il
repart généralement du pied.
Cet arbuste se bouture lui aussi très facilement et de la même façon que le
laurier-tin, avec un taux de réussite un peu moindre mais largement
suffisant pour rendre fier le jeune jardinier. Quand il pousse en pot, il
est sensible à la pourriture des racines et il faut donc prendre soin de ne
pas laisser d'eau stagner dans la coupe posée sous le pot ou le bac.
Il en existe aussi une variété à feuillage jaune du plus vilain effet et pas
facile à réussir - il brûle au soleil et verdit à l'ombre - et une autre,
bien plus belle, aux feuilles profondément découpées, presque laciniées,
l'Aztec Pearl, fruit du croisement de deux cousins botaniques. Le parfum des
fleurs de ces deux orangers du Mexique est sucré et pas entêtant.
Alain Lompech

LE MONDE ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.09.04

 

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