JARDINAGE


Ne jamais se laisser déborder par le liseron ou d'autres plantes
indésirables

Octobre approche et le soleil commence à éclairer le jardin d'une lumière
oblique, moins crue, soulignant les lignes de fuite des massifs,
assombrissant les coloris des fleurs. Les asters sont superbes, les dahlias
pas moins qu'eux, les roses sont plus fermes, plus foncées qu'au printemps,
leurs pétales semblent plus épais et leur parfum plus lourd, moins fugace.

Les mauvaises herbes ont repris leur déroutante croissance et l'on est
surpris de découvrir des jeunes pieds de lierre là où, jurerait-on, il n'y
en avait pas ce printemps. Pourtant, avec leur trentaine de centimètres de
longueur, ils y étaient déjà. On ne les aura pas vus !

Qu'importe, il suffit de tirer fermement sur le pied en le prenant le plus
près possible de là où il sort de terre pour qu'il soit arraché. Mince !
Non, la tige s'est cassée et il est resté en terre. Pas grave, juste le
temps d'aller chercher un outil, et voici le jardinier à pied d'ouvre pour
terminer sa tâche d'éradication. Quand il retrouve l'objet de son
acharnement.

Cet hiver, quand les feuilles seront tombées, il en trouvera d'autres, ainsi
que de jeunes touffes de ronces, minuscules mais déjà pleines de ces épines
qui griffent les mains et les bras d'autant plus cruellement qu'il ne se
méfiera pas de plantes si jeunes et si graciles.

ARRACHER VITE FAIT

Il ne faut pas trop tergiverser, et arracher vite fait ces indésirables si
l'on ne veut pas les voir gagner du terrain et devenir rapidement difficiles
à éradiquer sans avoir à sortir l'artillerie lourde et de gros gants
protecteurs, gênants à la mesure de leur efficacité.

C'est ainsi qu'on devrait désherber, un peu chaque jour, pour contraindre
les adventices, pour les empêcher de prendre le dessus. Ne jamais se laisser
déborder pour mieux dominer certaines récalcitrantes comme le liseron, qu'on
n'élimine jamais totalement et au charme duquel il faut savoir résister
quand il est en pleine floraison, lançant vers le ciel ses trompettes
blanches et délicates, ou rampant au sol, où il arbore alors de petites
fleurs roses splendides.

Ce n'est pourtant pas difficile. Il suffit, dès que l'on en voit un, de
tirer dessus, de le dérouler des branches qu'il utilise pour viatique afin
de fleurir en pleine lumière et y mûrir ses graines.

D'avoir ainsi laissé pousser un minuscule Rosa canina, le fameux rosier des
haies endémique dans plusieurs régions de France, autrefois utilisé comme
porte-greffe, de nos jours beaucoup plus rarement - il était si frêle et si
mignon -, dans un coin du jardin, et l'on s'est retrouvé, en quelques
années, avec un buisson de 4 mètres de hauteur, appuyé à un grillage, et
autant de largeur. De ce buisson il ne fallait pas s'approcher trop près
sauf à vouloir s'y accrocher par une manche, s'y griffer les bras quand on
visitait ce coin du jardin...

GRATTE-CUL

Tout ça pour pouvoir admirer quinze jours d'une floraison spectaculaire et
regarder les mésanges becqueter les gratte-cul qu'il produisait en abondance
pour assurer sa descendance ? En attendant, un gros rhododendron, aux belles
fleurs mauves, a été étouffé, n'a plus fleuri, poussant de travers pour
chercher une lumière qui lui était comptée par son redoutable voisin.

Il a fallu couper le rosier au ras du sol, puis débiter toutes ses branches
en menus morceaux, non sans se piquer, malgré des gestes comptés, à ses
redoutables épines. Un mètre cube de branches à passer à la broyeuse. Le
broyat a fait un excellent couvre-sol et finira par se mélanger à lui
intimement, lui apportera de l'azote et quelques autres éléments
fertilisants.

Dans certains jardins, il aurait fallu le brûler ou l'évacuer à la
déchetterie. Quand il eût été si simple de ne pas le laisser pousser ! Quant
au rhodo, il a été retaillé sur du bois pas trop vieux. Il finira par
retrouver son port buissonnant et son feuillage bien vert et bien dru.

Il en va de même avec certains arbres qui surgissent de terre, un beau
printemps. A-t-on bien fait de laisser pousser un groupe de bouleaux seuls ?
Ils ont déjà fait crever un beau rosier et, s'ils ont belle allure, on n'est
pas certain qu'ils soient là où ils avaient le plus de chance de vivre leur
vie sans finir par être mis à terre.

Mais finalement ce sont des arbres. Ils sont loin de la maison, loin du
puits, loin des canalisations, près d'une allée et d'une haie. Ils coupent
bien un massif en deux, d'une façon pas très heureuse qui nous les fait
regarder de travers certains jours.

Ce n'est pas si grave en réalité. Ils sont assez loin d'une touffe de
pivoine arbustive pour ne jamais gêner sa croissance. Ils seront épargnés,
le massif sera déplacé ou ses contours seront modifiés.

Un jardin, ce n'est pas un plan d'architecte, tiré au cordeau, c'est un
monde qui doit vivre et évoluer au gré des saisons, de la croissance des
plantes anciennement ou nouvellement installées.

Son plan doit suivre des lois de plus en plus adaptées aux ressources
physiques de qui s'en occupe. Et, à mesure que le temps passe, il est
naturel que ses contours changent, évoluent sous l'effet conjugué du temps
et du travail du jardinier, qui n'a pas toujours conscience de ce temps qui
passe et se fait parfois déborder par la nature.

Alain Lompech


ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.09.04

 

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