JARDINAGE

 

Pour tracer les allées de son nouveau jardin, un conseil : suivre le chien !

Un jardinier des villes qui n'a jamais été confronté au jardinage en grand est souvent dépassé quand il prend possession de son premier jardin. Que ce soit un terrain nu sur lequel il a fait édifier une maison neuve, parce qu'il ne sait guère où planter arbres, arbustes, massifs de vivaces, ni choisir le tracé de l'allée qui le conduira du portail d'entrée au seuil de son foyer. Que ce soit un vieux jardin, encombré de plantes en tout genre, qu'il ne connaît pas, parfois envahi par les ronces et les mauvaises herbes, parce qu'il ne sait pas comment évaluer à quoi il ressemblera tant qu'il n'y aura pas vécu pendant quatre saisons d'affilée. Dans l'un et l'autre cas, il faut être observateur, prendre son temps pour ne pas commettre d'erreurs difficilement réparables, bien regarder les terrains alentour, bien observer la façon dont le soleil éclaire la maison. Le plus compliqué, finalement c'est de choisir où passeront les allées. Ce sont elles qui structurent le jardin avant même les arbres. Dans les jardins anciens, elles sont quasi toujours au bon endroit. Si l'on a un chien, pas de problème, il suffit de copier le chemin qu'il prend naturellement pour aller de la rue à la maison. C'est toujours le bon et, de toute façon, il le prendra toujours par la suite ! Si l'on n'en a pas, il faut se fier à son propre cheminement spontané pour relier les deux mêmes points. Et il est rare que la ligne droite s'impose ! Certains choisiront d'entourer un terrain nu d'une haie bien soignée, tandis que d'autres préféreront une haie libre, plus fouillis, plus diversifiée en termes de feuillages. Ils alterneront arbustes à feuilles, persistantes et caduques, avec d'autres à floraison échelonnée du printemps à l'été. La première exige une, voire deux tailles annuelles, certes contraignantes, mais moins si l'on considère qu'une haie libre nécessite de son côté une taille sévère tous les trois ou quatre ans, sept-huit ans après sa plantation. La première produit peu de déchets chaque année et peut même, si l'on choisit bien les arbustes, ne nécessiter qu'une taille annuelle et légère qui plus est. Tout va dépendre du choix initial : ifs, buis, osmanthes sont chers à l'achat, mais poussent lentement. Bien plus lentement que les thuyas, lauriers-cerises et autres cupressus moins coûteux mais rapidement impossibles à contrôler. La haie champêtre produira, elle, un énorme tas de résidus de taille qu'il est pénible de déchiqueter, de broyer pour les mettre sur le tas de compost. Et puis il est rare que les arbustes qui la composent aient une croissance homogène. Certains poussent vite et haut, d'autres lentement et culminent vite. Pour tout dire, ils sont, en réalité, à préférer dans les grands, très grands jardins. Les arbustes seront plantés espacés les uns des autres, de façon qu'ils se développent comme s'ils étaient isolés sur une pelouse. Leur base, parfois dénudée, pourra alors être masquée par des massifs de rosiers ou, mieux, de petits arbustes bas à feuillages persistants. DES PANNEAUX DE BOIS Dans les petits jardins, ces haies libres et champêtres, tellement à la mode depuis une quinzaine d'années, ont tendance à prendre de la largeur et de la hauteur jusqu'à occuper trop d'espace et à devenir nettement trop encombrantes. Sans compter leur ombre portée. Particulièrement, celles qui utilisent des espèces botaniques dont on ne dit pas toujours à l'acheteur qu'elles deviennent de petits arbres au bout de quelques années. Dans les petits jardins de ville, la solution prisée par les Britanniques témoigne de leur parfaite connaissance du jardinage : de grands panneaux de bois imputrescible solidement fichés en terre ferment rapidement le jardin aux regards extérieurs tout en permettant, moyennant quelques précautions, de les utiliser pour faire pousser quelques grimpantes légères, comme clématites et chèvrefeuilles qui alternent avec des arbustes à fleurs ou feuilles décoratives. Il ne vaut mieux pas espérer faire courir une glycine qui pèse plusieurs dizaines de kilos sur une telle clôture. De-ci, de-là, des parties de panneaux sont toujours visibles. Cette alternance bois grisé - végétation est un ravissement qui peut être décuplé par la plantation de quelques massifs de fleurs irrégulièrement disposés devant cette clôture qui protège également du vent. Mais, avouons-le, cette solution rapide à installer, relativement économique si l'on se charge des travaux soi-même, est à privilégier en zone urbaine et dans les régions humides de la moitié nord du pays. Dans le Sud, elle ne remplacera jamais les claustras construits en dur ou les murets de pierres sèches. Et, surtout, ces panneaux de bois ou ces assemblages de piquets de châtaignier ou d'acacia ne devront pas être lasurés couleur chêne doré, sapin d'Oregon ou merisier. Le mieux est de les laisser en l'état, car ils sont protégés contre les intempéries lors de leur fabrication. Voire les traiter avec un produit type carbonyle qui est vite lavé par les pluies tout en conservant son pouvoir protecteur. Et on peut parfaitement alterner grands arbustes et quelques panneaux assemblés près de la maison de façon que, plus on s'en éloigne, plus le jardin ressemble à la nature qui l'entoure.

Alain Lompech ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.12.04

 

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