JARDINAGE




L'hellébore orientale, reine de l'hiver, du printemps et de l'été

D'où avait-elle pu venir ? On ne sait, mais elle était magnifique,
surgissant des herbes qu'elle tenait à distance, large d'un bon mètre, haute
de quarante centimètres, dans ce jardin campagnard modeste, plutôt planté de
légumes et d'arbres fruitiers que de fleurs, auxquelles la portion congrue
avait été laissée : dans la courette devant la maison et là où aucun
comestible n'aurait pu pousser.

Cette grande hellébore poussait donc à l'ombre d'un grand poirier curé,
largement plus que sesquicentenaire vu sa hauteur et la largeur de son
tronc. Aujourd'hui il n'existe plus, abattu, hélas, par le nouveau
propriétaire de cette maison, un gars du coin pourtant qui devrait savoir
que ces vieux poiriers, quitte à les abattre, ne doivent pas finir fendus
pour alimenter la cheminée, car leur bois dur, dense, solide a une grande
valeur pour les ébénistes et les facteurs d'instruments à claviers.

Elle n'était pas blanche, cette hellébore, comme toutes celles que l'on
avait pu voir jusque-là, on parle là d'une histoire vieille de plus de
trente ans. Non, sa couleur était rose foncé violacé, piquetée de tâches
vineuses, si différente du blanc pur de l'hellébore niger, que l'on appelle
la rose de Noël vu sa propension à fleurir très tôt pour peu qu'elle soit
abritée et que le climat soit doux.

Plus tard, on apprendrait que cette insolente était une hellébore orientale.
Avant cela, la propriétaire de la maison et du jardin, qui avait la main
verte et n'avait pas touché le poirier, elle, poussant le vice à faire des
compotes, des confitures, des pâtes de fruit et des poires au sirop dont
elle accumulait les pots faute de pouvoir tout manger, tout donner aux
voisins, à sa famille, avait remarqué que de nombreux petits semis levaient
au pied de ce pied.

Quand elle faisait visiter sa maison, immanquablement la promenade se
terminait par un "Venez au jardin admirer MA plante !", qui l'intéressait
bien davantage que tout le reste. C'était une jardinière, une vraie.

EXPOSITION À MI-OMBRE

Elle les a donc repiquées dans son jardin, qui d'année en année a vu sa
partie légumes diminuer au profit des fleurs, qu'elle plantait à sa guise en
mangeant les plates-bandes. C'est ainsi qu'en une quinzaine d'années il y en
avait partout !

Et comme l'hellébore orientale ne se reproduit pas fidèlement de semis,
elles étaient toutes de couleurs différentes, plus ou moins roses, plus ou
moins violettes, plus ou moins tachetées, mais toutes aussi grandes, aussi
plantureuses, et toutes avaient des feuilles larges, d'un vert profond et
brillant, largement découpé.

Et comme cette jardinière distribuait ses jeunes plants spontanés aussi
généreusement que ses pots de poires au sirop, le voisinage et les amis
lointains en ont profité. Les nôtres viennent de ce jardin, après être
passées par un autre où elles se sont tout aussi plu que dans le premier.

A vrai dire, cette plante n'est pas trop difficile. Il lui faut une
exposition à mi-ombre, une terre profonde. L'argile ne lui fait pas plus
peur que le calcaire, seule l'humidité stagnante pendant l'hiver lui
répugne. Elle a alors la fâcheuse tendance d'attraper une maladie qui
nécrose ses feuilles et ses tiges soudain tachées de noir.

Mieux vaut alors couper les vieilles feuilles quand les fleurs apparaissent
et traiter les pieds avec un produit contre les maladies, ce qui donne
généralement de bons résultats.

Bien soignée, ce qui se limite finalement à surveiller que la terre ne soit
pas desséchée en plein été pendant trop longtemps et qu'un peu d'engrais
complet lui soit donné à l'automne, une touffe d'hellébore peut vivre
plusieurs décennies.

Mais, attention, elle est casanière et n'aime pas être déplacée quand elle
est adulte. Sauf si elle a été régulièrement plantée et contreplantée dans
ce but. Mieux vaut en prélever un éclat un peu fort et le replanter
immédiatement là où il s'épanouira définitivement.

ACCEPTE DE VIVRE DANS DES POTS

En fait, il faut la cultiver un peu comme la pivoine herbacée. Mais, à la
différence de la renonculacée sa cousine, l'hellébore accepte parfaitement
de vivre dans des pots, ce qui dans les jardins à la terre trop humide
l'hiver peut rendre de grands services.

Certes, il faut choisir les pots assez grands et bien surveiller les
arrosages pendant l'été, quitte à les enterrer dans le jardin à mi-ombre
pendant la belle saison, pour les déterrer quand ils commencent à fleurir
pour les rapprocher de la maison, voire en placer un à l'intérieur, en
pleine lumière, afin de profiter de fleurs qui sont aussi belles, aussi
raffinées que celles des plus précieuses orchidées.

Au jardin, la floraison des hellébores dure très longtemps, au point que,
même décolorées, en train de mûrir leurs graines, les hampes florales
restent décoratives jusqu'en plein été.

Alain Lompech

Les Pépinières Ellébore, La Chamotière, 61360 Saint-Jouin-de-Blavou, dans le
Perche, organisent jusqu'au samedi 26 février une exposition-vente de
nombreux cultivars et variétés d'hellébores et d'autres plantes à floraison
hivernale. De 6,50 ? à 50 ? pour les plus rares ou les plus grosses touffes.
Tél. : 02-33-83-37-72.


LE MONDE ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.02.05

 

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