Jardinage

 

Les orchidées vont sortir de leur torpeur, rempotons-les

Les orchidées ont beau avoir un métabolisme très lent qui fait
qu'elles sont loin de pousser à vue d'oeil, il n'en reste pas moins qu'un
regard exercé, ou simplement un peu d'attention, permet de les voir réagir
assez rapidement aux conditions climatiques. Celles qui sont cultivées en
serre, où la température et l'hygrométrie sont contrôlées de façon précise,
n'ont vraisemblablement pas réagi à la récente vague de froid, tandis que
celles qui poussent dans un appartement, posées près d'une fenêtre afin de
bénéficier au maximum du faible ensoleillement hivernal, ont très vite
montré des signes de faiblesse passagère.


Pourquoi ? Plus il fait froid, plus l'air devient sec, c'est une
règle qui ne souffre pas d'exception à l'extérieur, et moins encore à
l'intérieur, où le chauffage vient encore un peu plus dessécher
l'atmosphère.

Devant leur fenêtre plein sud, les nôtres, qui avaient passé
l'hiver sans montrer le moindre signe de fatigue, ont rapidement vu leurs
racines aériennes se rider, et leur extrémité, généralement vert brillant,
est devenue mate. Il aurait fallu les brumiser en permanence pour que ces
plantes épiphytes, qui vivent de l'humidité de l'air et de l'azote qu'elles
y puissent, passent ce cap sans difficulté.

Par chance, la température est remontée et voilà que le ciel se
couvre, qu'il pleut un peu. Dans deux jours, les racines auront regonflé et
recommenceront à croître.

Evidemment, comme ces orchidées ne poussent pas dans une serre,
elles ne sont pas cultivées comme de vrais épiphytes. Leurs racines plongent
dans un mélange d'écorces de pin broyées, de morceaux de polystyrène
expansé, de fibres de drupe de noix de coco. Ce mélange, un peu curieux,
n'est en rien nourricier. Il faut simplement qu'il ne retienne pas trop
l'eau, de façon que les racines charnues et fragiles des orchidées ne
pourrissent pas, mais assez pour que suffisamment d'eau soit à disposition
de la plante afin qu'elle ne subisse pas les à-coups des variations
hygrométriques d'un appartement.

Souvent, celles qui sont offertes finissent à la poubelle, car,
défleuries, ces plantes ne sont pas franchement attractives. On peut même
dire que certaines sont carrément moches. Les dendrobiums, dont les hautes
tiges charnues finissent par se rider, tandis que pointent à leur base de
nouvelles pousses, remporteraient même la palme de la mocheté,
particulièrement quand ils deviennent jaunasses, voire se tachent un peu de
noir, de-ci de-là.

Et c'est ainsi que, pas intéressé du tout, bien sûr, le
jardinier repère chez ses amis les orchidées, se lamente sur leur sort, et
dit ingénument que oui, cette plante est difficile à entretenir, mais qu'il
peut la prendre en pension pour tenter de la faire refleurir. Le tout avec
un air de profond scepticisme quasi culpabilisant : "Je veux bien tenter le
coup, mais je ne garantis rien, elle est tellement mal en point !"


ATTENDRE POUR ARROSER

Et hop, la voici à la maison. Que le jardinier qui n'a jamais
usé de ce stratagème ose lever la main. Pour une orchidée ou pour toute
autre plante. Quand il ne lui suffit pas de se baisser pour ramasser une
potée sur le trottoir. Il y a moins d'une semaine, un camélia d'un bon mètre
de hauteur attendait ainsi, contre un mur, qu'on le ramasse. Si l'on avait
été en voiture, il aurait été ramassé, et vite fait ! Quelques feuilles
jaunies, une terre pas trop sèche, des pousses trop tendres indiquaient
qu'il avait dû être offert en fleur à quelqu'un qui l'avait conservé dans
son appartement et s'en débarrassait la floraison achevée.
Revenons-en aux orchidées. En fait, ces plantes sont pour la
plupart robustes... tant qu'elles ne sont pas trop arrosées pendant leur
période de sommeil hivernal. Sommeil est un bien grand mot pour cette
paresseuse, mais tant qu'elle vit au rythme de l'ensoleillement européen,
sans source supplémentaire de lumière, elle flémarde un peu plus.

Les orchidées sont solides tant qu'on ne sort pas des deux
règles suivantes : lumière + chaleur = eau ; peu de lumière + fraîcheur =
très peu d'eau. Autant elles résisteront longtemps chez quelqu'un qui arrose
ses plantes quand il y pense, autant elles peuvent pourrir en quelques
jours, pour certaines espèces, chez qui a la mauvaise habitude de laisser le
pot tremper dans sa soucoupe.

Le moment du rempotage est souvent difficile à choisir, car
certaines ne cessent de fleurir, des tiges florales émergeant sans
discontinuer le long des anciennes, même en plein hiver, quand bien même
elles grandissent d'un pas de sénateur. Par chance, la plupart du temps
elles marquent un temps de repos qui ne va pas tarder à cesser avec
l'allongement des journées.

Raison pour laquelle le rempotage peut commencer. Il est simple,
même s'il semble effrayant la première fois qu'on s'y risque. Quand la
plante est dépotée, qu'il s'agisse d'un cattleya ou d'un dendrobium, on
s'aperçoit qu'il suffit de la secouer pour que les racines soient à nu.
Horreur ! les deux tiers sont mortes. Pas grave ! On les coupe à leur point
de naissance. D'autres sont un peu moches, on les coupe aussi, pour n'en
laisser que quelques-unes qui serviront à maintenir l'orchidée dans son
nouveau pot, les écorces de pin calant le tout.

Les plantes rempotées ne seront pas arrosées, juste brumisées
avec un vaporisateur, jusqu'à ce que de nouvelles racines surgissent à leur
base. Les arrosages reprendront alors.


Alain Lompech

Le Monde
Article paru dans l'édition du 24.03.05

 

 

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