Jardinage

 

Se méfier des gels tardifs et penser à gérer l'eau de pluie pour les
arrosages


POUR UN PEU, on les verrait pousser, ces vieux iris de Sibérie
bleu nuit, ces pivoines herbacées et arbustives, ces hostas aux feuilles si
tendres qu'il ne faut pas oublier de les protéger dès maintenant des
escargots et des limaces qui, la nuit venue, se régalent de leurs grandes
feuilles aussi tendres que celles des laitues.

Le soleil commence à chauffer, le jardinier se dégourdit et
reprend du service, lui qui n'a rien fait depuis qu'il a taillé ses rosiers
en janvier et planté tardivement quelques derniers arbustes.

Des quatre saisons, le printemps est celle qu'il préfère, car
c'est celle où le jardin bouge le plus. Des plantes réapparaissent là où il
ne les attendait pas, nées de semis spontanés parmi les gravillons des
allées ou entre deux dalles. Parfois même entre deux pierres d'un vieux mur
monté à la chaux !

Ce qui ne manque pas de l'étonner quand il s'agit de plantes
dont les exigences sont tout autres. Que des giroflées poussent là, en
compagnie de joubarbes ou de campanules des murs, voire de cette ravissante
plante retombante qu'est la ruine romaine, est naturel, mais que des
campanules pyramidales et de jeunes ifs germent à la verticale l'est
beaucoup moins !


GARE AU FROID !


Il va falloir les en retirer vite fait pour les repiquer
ailleurs, où cette vivace atteignant deux mètres de hauteur et cet arbre qui
peut atteindre un âge vénérable pourront se développer librement.

Le printemps permet aussi d'observer la façon dont croissent les
plantes selon leur exposition. Sur un mur orienté plein sud, une glycine est
déjà quasi en fleur. Ses grappes sont déjà bien développées. D'un gris
argenté soyeux, elles vont bientôt s'ouvrir à la façon d'une pomme de pin,
mais, en lieu et place des pignons, ce sont les fleurs qui vont surgir et
s'épanouir.

Sur une solide pergola, non loin de là, les bourgeons d'une
autre glycine de Chine commencent justes à gonfler et à verdir, un peu
pâlichons comme toujours. Elle fleurira quinze bons jours plus tard que la
première, ce qui peut lui éviter un coup de gel nocturne, toujours possible
tant que le 15 mai n'est pas passé, dans la partie nord de la France, à
l'exception des côtes et des grandes villes et de leurs banlieues.

Et les gelées tardives sont souvent meurtrières sinon pour
toutes les plantes, du moins pour la majorité des floraisons, pour ne rien
dire des jeunes fruits en formation qui ne supportent pas des températures
négatives prolongées.

Raison pour laquelle il est rarissime de cueillir des abricots
là où les printemps sont trop froids. Trois fois en près de trente ans à 80
km au nord-ouest de Paris et encore cet abricotier de plein vent poussait-il
contre le pignon de pierre d'une maison protégé des vents froids de l'est et
du nord.

Cela n'a pas empêché les jardineries de sortir les plantes à
floraison estivale ainsi que les pieds de tomates pour les mettre en vente !
Et l'on a vu des jardiniers partir avec des barquettes de géraniums, de
bégonias, de fuchsias, de pétunias, de sauge, d'ageratums, de pieds de
tomates.

S'ils sont aguerris, ils les mettront sous verre, dans un
châssis, une serre froide, une véranda, après les avoir rempotés, de façon
qu'ils soient plus forts, bien fleuris quand ils les mettront en terre dans
un mois. S'ils ne le sont pas et se disent que si ces plantes sont en vente,
c'est qu'elles sont bonnes à planter, dès maintenant, en pleine terre, ils
les perdront quasi toutes sauf exposition exceptionnelle ou conditions
climatiques tout aussi exceptionnelles.

Encore une fois, à Paris et dans les grandes villes du nord de
la France, il y a peu de risques de gel, mais dans un jardin, même de
banlieue, et plus encore à la campagne, il est urgent d'attendre !


LES TOMATES, PAS LES SALADES


Le grand problème qui va se poser cet été sera, une fois encore,
l'arrosage. Il est déjà prégnant dans certaines régions du Sud et dans le
Finistère, dans cette Bretagne pas si pluvieuse qu'on le dit. A tel point
que des mesures ont déjà été prises pour réglementer l'usage de l'eau dans
les jardins.

Il faut donc adapter le jardinage à cette nouvelle donne et
penser à récupérer une partie de l'eau de pluie pour en différer
l'utilisation. Soit en investissant dans une grande réserve de plastique que
l'on peut installer près d'une gouttière.

"C'est d'un moche !", se dit-on, avant de se raviser en
comprenant que c'est facile à cacher par un rideau de plantes ou par des
grands panneaux de bois tressés. Grands, car ces réserves d'eau doivent
faire un minimum de 1 mètre cube si l'on veut qu'elle ne soit pas vidée en
trois ou quatre jours. 1 000 litres, ce n'est jamais que 100 arrosoirs de 10
litres...

Certains jardiniers ont récupéré les anciennes fosses
inutilisées depuis le branchement au tout-à-l'égout pour garder l'eau du
ciel : une petite pompe à bras ou électrique suffit alors à puiser ce qui
est nécessaire au jardin.

On n'arrosera évidemment pas la pelouse et l'on réservera cette
eau aux potées et jardinières, aux arbustes récemment plantés et à quelques
plantes du potager soigneusement choisies. En clair, il vaut mieux arroser
les tomates que les salades et les plates-bandes seront paillées pour éviter
l'évaporation.

Alain Lompech
Le Monde 14.04.05

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