Jardinage

Un rhododendron rempoté et des rosiers scalpés font de la résistance

La pluie en ce milieu du mois de mai et ce ciel couvert ont un
grand avantage dans la partie nord du pays : ils écartent tout risque de
gelées tardives. Aussi, hibiscus, bougainvilliers, citronniers et autres
plantes qui ont passé l'hiver à l'abri ont-ils pu être sortis au grand air
sans risque de voir leurs feuilles brûlées par le soleil. Quand il
reviendra, elles le supporteront et en profiteront au mieux pour pousser de
plus belle. En attendant, les plantes ont été abreuvées et bien lavées.


Les pivoines arbustives, les iris et les rhododendrons ont en
revanche peu apprécié ces averses diluviennes. Les premières n'ont plus de
pétales, les seconds se sont couchés et les troisièmes, enfin, ceux qui
étaient épanouis, perdent leurs fleurs et leurs plus longues branches plient
sous le poids de l'eau accumulée dans les plus grosses têtes épanouies.

Un rhododendron mauve aux petites inflorescences bien serrées
n'a pas plus souffert qu'un autre rouge au port dressé et un peu raide qui
ne fait qu'ouvrir les siennes. Si le premier est une variété botanique qui
atteint la taille d'un petit arbre et pousse sauvage en Bretagne, en Irlande
et dans la banlieue de Bruxelles, le second est une variété horticole dont
on a oublié le nom, hélas, car il est d'une robustesse exemplaire.


UNE MOTTE DE 100 KG


Il fut arraché du jardin en plein mois d'août. Là, il poussait
dans une terre qui était un mélange de terre de bruyère et de terre de
jardin ordinaire et qui était loin d'être acide, en étant juste arrosé au
printemps et en été avec un antichlorose. Il a donc été installé dans une
demi-barrique emplie, elle, de terre de bruyère. Bien arrosé, il n'a pas
souffert le moins du monde de cette transplantation hors saison.

Il faut dire que les racines des rhododendrons et des azalées
forment un réseau si dense et compact que l'on ne risque pas, en les
déterrant, pour peu qu'on soit un peu soigneux, de voire leur motte de terre
se déliter. Le problème est que le poids d'un rhododendron de 1,50 m dans
toutes les dimensions avoisine les 100 kg avec ses racines. Mais enfin, s'il
faut faire des travaux en plein été dans un jardin et qu'il faille déplacer
une azalée ou un rhododendron, autant savoir que c'est possible à cette
période sans avoir à sacrifier l'arbuste. Et ce sans qu'il en souffre, pour
peu qu'il soit bien arrosé par la suite.

Cette opération a malheureusement conduit à raser deux vieux
rosiers grimpants au ras du sol ou presque, car le mur contre lequel ils
couraient menaçait de s'effondrer. Monté à la chaux et au sable, il y a
très, très longtemps, peut-être plus de deux siècles, et bien qu'indemne de
lierre, il penchait dangereusement et ses pierres commençaient à bouger. En
fait, il tenait debout de façon miraculeuse.

Scalpés les deux Excelsas sont pourtant déjà repartis en
végétation. Ils pousseront en feuille cette année, car ce rosier grimpant,
piquant comme pas deux, fleurit sur le bois de l'année précédente et l'on
est un peu triste d'avoir dû sacrifier sa floraison de l'année. On aurait pu
décrocher toutes les branches et les coucher dans l'allée, le temps des
travaux, mais il ne restait pratiquement pas de place pour marcher sur les
gravillons sans s'arracher les jambes contre les épines.

Dans deux ans, vu la vitesse à laquelle ce rosier pousse, il
aura recouvert le mur et continuera d'éblouir par ses groupes de petites
fleurs doubles rose foncé, qui foncent en fanant. De toute façon, à l'autre
bout du jardin, un autre exemplaire grimpe à l'assaut d'un grand houx. Ses
branches en retombent de façon libre et gracieuse : quand on laisse
certaines plantes se débrouiller, elles le font d'une façon harmonieuse
qu'un jardinier n'aurait pas imaginé.


GARE AUX ÉPINES


Evidemment, le tailler relève de l'exploit, car les épines du
rosier plus que celles des feuilles du houx font souvent reculer le moment
fatidique. En général, on attend la fin de l'hiver et l'on se contente de
tirer sur les branches mortes du rosier que l'on reconnaît à leur couleur
marron, tandis que celles qui porteront des fleurs en juillet sont bien
vertes. Et bien qu'on fasse attention, il est bien rare que des épines ne
viennent pas se ficher dans la peau du crâne, s'accrocher à l'épais blouson
et bien sûr dans les mains. Car, si l'on commence par jardiner avec des
gants, on ne les garde généralement pas longtemps.

Pour le moment aucune invasion d'insectes, juste un peu de gale
sur quelques azalées et bien évidemment les premiers signes de rouille sur
des grands rosiers blancs doubles de la variété Alba, un rosier cultivé dans
les jardins depuis si longtemps qu'on ne sait trop depuis quand. Plusieurs
siècles, sans aucun doute.

Des petites pustules orange ont commencé de l'envahir. On va le
traiter, mais la maladie ne disparaîtra pas, les feuilles finiront par
tomber en masse courant août après avoir libéré une poussière noire, en fait
des spores, qui vont dormir jusqu'au printemps suivant afin que le cycle
recommence. En fait, on ne va pas plus le traiter cette année que les deux
années précédentes. D'ailleurs, il ne se porte visiblement pas plus mal que
quand on le bichonnait.

Alain Lompech Le monde,
Article paru dans l'édition du 19.05.05

 

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