Jardinage

 

En septembre, admirons les dahlias et les asters en faisant des boutures

Peu après la rentrée des classes, les enfants jouaient autrefois avec les marrons d'Inde dont ils faisaient des petits bonshommes en les piquant d'allumettes ou de petits bouts de bois, en remplissaient leurs poches sur le chemin de la communale, où une grille séparait les filles (quilles) à la vanille des garçons au chocolat. Les marronniers avaient encore leurs feuilles qui tomberaient bientôt. Leur jaune doré, souligné par des nervures encore vertes, les faisait si belles qu'elles étaient placées entre deux buvards, écrasées sous une pile de livres. C'était au temps où l'on portait encore des godillots, des capuchons en toile vulcanisée et des shorts qui ne seraient remplacés par des pantalons longs que plus tard en saison, quand le froid arrivait vraiment. La rentrée scolaire se fait désormais trois semaines plus tôt. Les écoliers ne ramassent plus de belles et grandes feuilles de marronniers pour admirer leurs couleurs qui fanent et les faire sécher. Elles sont déjà tombées, passées du vert au rouille, puis au marron terne, du lisse et soyeux au crispé, de la vie à la mort, depuis bien longtemps. En cherchant bien du regard, on pourra même trouver quelques fleurs éparses sur certains arbres déjà vieux, si perturbés par la pollution, les sels de déneigement, la sécheresse, qu'ils ne savent plus en quelle saison ils sont. Ce phénomène est moins sensible à la campagne qu'en ville et n'est pas l'indice d'une maladie qu'aurait attrapée ce grand arbre originaire d'Amérique. Il semble, mais cela n'est pas prouvé, que les sels utilisés pour déneiger la chaussée soient la cause de cette perte précoce du feuillage. Ce sel stocké dans l'extrémité des branches pendant l'hiver descendrait vers les racines au printemps pour remonter au cours de l'été. Sa concentration ferait alors roussir les feuilles précocement. La seule façon de réduire le phénomène serait d'élaguer légèrement les marronniers au milieu de la mauvaise saison, pour juste supprimer l'extrémité des pousses de l'année. Ce faisant, le sel serait éliminé en même temps que des petites branches. Il ne pourrait pas provoquer de ravages quand le cycle recommencerait. VIBRATIONS IMPRESSIONNISTES Honnêtement, c'est quasi impossible à faire à grande échelle. Mieux vaudrait ne plus planter cet arbre dans les villes que les voir élaguer, comme cela se fait parfois, à la tronçonneuse ­ solution radicale pour les rendre moins encombrants et tout aussi radicale pour les fragiliser et les rendre dangereux : en effet, leur tronc se met à pourrir de l'intérieur et finit par ne plus supporter les bourrasques, quand la ramure s'est reconstituée au bout de quelques années. Septembre, c'est le mois des dahlias et des asters qui illuminent les jardins de leurs couleurs, chaudes pour les premiers, froides pour les seconds. L'association des deux dans les plates-bandes provoque des vibrations impressionnistes qui semblent effacer les lignes et faire flotter dans l'air les volumes, les matins brumeux et le soir peu avant le coucher du soleil. Attention ! L'humidité des nuits, la rosée du matin et l'abaissement des températures favorisent l'apparition de l'oïdium, qui fait tomber les feuilles des asters et tache celles des dahlias. L'oïdium est une maladie cryptogamique qui provoque l'apparition d'une poudre blanche sur les feuilles. Il faut le combattre avec des pulvérisations d'un produit conçu pour l'éliminer, par un jour sans pluie et sans vent. On en profitera pour pulvériser les rosiers, qui en sont malheureusement souvent atteints, particulièrement les grimpants poussant contre les murs où l'air leur manque un peu. Mais septembre, en plus de floraisons remarquables et d'une lumière rasante qui les éclaire subtilement, est surtout le mois des boutures. Ce n'est pas que tous les arbustes peuvent l'être facilement, mais nombreux sont ceux qui se multiplient ainsi en cette saison. La terre est chaude, la chaleur moins vive et l'humidité nocturne suffisante pour éviter que les petites branches mises à raciner ne fanent pas. Parmi les arbustes faciles à bouturer, il y a évidemment les lauriers-tins et les fusains, les groseilliers à fleurs, comme ceux qui font des fruits, les fuchsias et les rosiers, mais il y a aussi les céanothes persistants et les thuyas, les boules de neige et les buis, qu'ils soient de bordure ou des variétés à grand développement, il y aussi les calcéolaires rugueux, dont les fleurs, d'un jaune éclatant, sont sans rivales dans les plates-bandes, mais les cultive-t-on encore ailleurs que dans les serres des grandes villes qui les utilisent pour les décorations d'été ? Toutes les boutures seront traitées de la même façon. Il faut prélever une tige de l'année. Bien droite, elle fera une bonne vingtaine de centimètres de longueur. On en retirera les feuilles sur la moitié inférieure, qui sera mise en pleine terre au pied d'un mur protecteur ou dans un pot de terre cuite mais sur le pourtour de celui-ci, dans un mélange de terre de jardin et de terreau. Auparavant, on en aura écrasé d'un ou de deux coups de marteau les deux ou trois premiers centimètres. On arrosera régulièrement. Au printemps, les petites branches auront produit des racines et seront alors bonnes à repiquer à leur place définitive au jardin.

Alain Lompech Article paru dans l'édition du Monde du 15.09.05

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