Jardinage

 

Retour sur les marronniers défeuillés en plein été un peu partout en France

Une lectrice, Sylvie Assier, de Noisy-le-Grand, nous écrit pour
nous dire qu'elle aussi est effarée par le nombre d'arbres morts ou en voie de l'être dans les forêts : "J'ai traversé plusieurs fois la France de Paris au Midi, j'ai même poussé jusqu'à la Corse avec le même sentiment d'effroi :
les arbres meurent partout, et en très grand nombre ; de mon bord de Marne, où les frênes se déplument gravement comme ils le font dans nos provinces, à la si belle Bourgogne, où les arbres isolés (en vrac frênes, peupliers, saules, etc.) et ceux des bocages se dessèchent, ne nous livrant que leur squelette, du Midi, où ça "carcasse" aussi, à la Corse où le dépérissement
des châtaigniers prend une ampleur dramatique."


Sans être allé jusqu'en Corse, nous avons observé le même
phénomène lors de quelques voyages en train ou en voiture.

Dans un premier temps, nous avions associé ces arbres morts aux
effets conjugués de la sécheresse et de la tempête qui avait dévasté les forêts d'une bonne partie du territoire. Peut-être faudra-t-il en ajouter d'autres, qui seraient à mettre sur le compte de parasites qui s'en prennent à des arbres affaiblis par le manque d'eau et la torture que le vent aura fait subir à leurs troncs, à leurs branches tordues en tous sens par la
violence des rafales.

A Paris même, il est quasi impossible de faire un trajet un peu
long sans apercevoir, ça et là, des arbres morts au milieu d'alignements ou aux coins de places. Il y a même un grand arbre sous les fenêtres du Monde dont les feuilles sont grillées mais toujours accrochées aux branches, tandis qu'à côté de lui les autres sont en bonne santé.

Et ce n'est pas un marronnier ! Un autre lecteur, Eric Conan,
journaliste à L'Express, nous écrit pour nous préciser que les marronniers sont dans l'état pitoyable que nous leur connaissons tous quasi partout en France à cause d'un insecte. Ce n'est donc pas le sel, comme nous l'avons écrit, sur la foi d'une ancienne lecture, qui serait la cause de ce défeuillage précoce, et encore moins la sécheresse. C'est la chenille d'un
papillon, Cameraria ohridella, dont l'origine est inconnue.


SEPT PAYS UNIS

Dans le texte que ce confrère a obligeamment ajouté à son très
gentil petit mot, une information de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) précise l'ampleur des dégâts observés sur le fameux marronnier d'Inde.

On y apprend des choses intéressantes. En l'espace de trois ans, cet insecte découvert en Macédoine a colonisé quasi toute la France. En 2001, il a fait son apparition à Paris... où l'on observait cependant déjà depuis longtemps des marronniers défeuillés dès le mois de juillet. En 2003, Cameraria ohridella avait colonisé presque toute la France, à l'exception des départements du "sud-ouest du Massif central, de la partie occidentale de la Bretagne et de l'extrême Sud-Ouest."

La dispersion de ce papillon et de sa chenille qui dévore
l'intérieur des feuilles, ce qui provoque leur desséchement prématuré, a été rapide et "en relation avec les densités de population humaine".

Des observations précises, des captures d'insectes mâles ont été réalisés pendant trois ans, et ont "confirmé que la dispersion de cet insecte se faisait par plusieurs voies : naturelle à faible distance et anthropique à plus longue distance. La proximité d'une voie de communication (autoroutière, fluviale ou ferroviaire) et un nombre important de marronniers sont des facteurs propices à l'installation de la mineuse."

Plus intéressant encore pour le jardinier, l'INRA précise que
"la présence de feuilles au sol durant la période hivernale (...) a également été confirmée -dans la propagation de cette peste-. Il est donc fortement recommandé d'éliminer totalement en hiver les feuilles mortes qui abritent les chrysalides afin de limiter les dégâts l'année suivante."

Les observations ont également démontré que les marronniers
atteints produisaient "des fruits plus petits, ce qui peut affecter la croissance et la survie des jeunes plants", tandis que les grands arbres ne sont pas atteints dans leur développement.

Des chercheurs de sept pays du continent européen ont participé
à ces travaux et ils ont noté que le marronnier à fleurs blanches était beaucoup plus souvent ravagé par Cameraria ohridella que les marronniers à fleurs roses ou rouges et que certains érables pouvaient également être atteints.

Il semble impossible de pouvoir lutter efficacement contre ce
qui semble bien être un fléau. Car, même si le marronnier ne crève pas d'être ainsi miné par une minuscule chenille qui mange l'intérieur de ses feuilles, la vision de ces grands arbres roussis en plein été, voire défeuillés, défigure grandement les lieux où ils continuent d'être plantés.

Peut-on mettre en doute une telle étude ? Certes non, cependant
il souviendra à un simple observateur ayant un peu de mémoire que les marronniers du bas des Champs-Elysées, ceux du boulevard Arago à Paris et quantité d'autres, dont ceux qui sont plantés devant notre jardin dans l'Eure, ont leur feuillage desséché en plein été depuis bien avant que ce
papillon n'ait été repéré !

De même que certains jeunes plants mis en terre depuis 2003 sont indemnes des atteintes du papillon en haut du boulevard Blanqui, dans le 13e arrondissement. Comme ce papillon n'explique pas le desséchement brutal en plein été de certains marronniers comme frappés d'apoplexie.

Alain Lompech
Article paru dans l'édition du Monde du 22 09 2005


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