Jardinage


Feuilles mortes et compost sont la panacée pour enrichir et protéger la terre.


Les feuilles commencent à tomber. Pas celles de tous les arbres et de tous les arbustes, car certains les gardent fort longtemps pendant la mauvaise saison. Les saules pleureurs, par exemple, dont certains sont encore feuillus en janvier, partout où il ne gèle pas. Les rosiers aussi, dont de nombreuses variétés sont quasiment sempervirentes, ce qui ne rend pas aisée leur taille. Mais c'est de saison et elles commencent aussi à se colorer pour les plus changeantes d'entre elles, rivalisant avec les plus vives des fleurs d'arrière-saison.

En ville, le problème est vite réglé. Encore qu'il ne soit pas
aisé à mettre en oeuvre. Les feuilles sont évacuées dans des sacs-poubelle, ne pouvant ni être brûlées ni être mises sur le tas de compost. Mais les chanceux qui ont un grand arbre dans leur jardin parisien, un platane par exemple, doivent bien être ennuyés pour mettre à la poubelle 1 ou 2 mètres cubes de feuilles mortes.

A la campagne, c'est plus simple. Surtout quand les feuilles
tombent sur la pelouse. La tondeuse a tôt fait de les broyer et il suffit alors d'épandre ces brisures sur le tas de compost qu'elles enrichiront bien vite tant l'action de décomposition des micro-organismes contenus dans ce tas de déchets du jardin rassis depuis des mois est accélérée par le fait que les feuilles auront déjà été réduites en menus morceaux.

Mais toutes ne peuvent être mises à composter. Celles des arbres fruitiers sont réputées transmettre des maladies cryptogamiques au terreau.
Par prudence, on ne les y mettra donc pas. Encore que l'on ne se soit guère embarrassé de telles précautions sans pour autant avoir remarqué une recrudescence particulièrement féroce des maladies au jardin. Il semble que la décomposition des feuilles pendant l'hiver et la production de chaleur au sein du tas tuent quand même assez efficacement les champignons nocifs.
Cette chaleur attire, du reste, quelques animaux qui viennent passer l'hiver au chaud dans le compost : orvets et couleuvres s'y plaisent plutôt.

On peut aussi, si l'on a la chance d'avoir une grande quantité
de feuilles mortes de feuillus sains, simplement les étaler, préalablement hachées à la tondeuse, si elles tombent sur une surface propice à son passage, ou au broyeur de végétaux, directement sur la terre, entre les vivaces et les arbustes.

Cela fera un efficace matelas protecteur du froid. Au rintemps,
quand les lombrics se réveilleront, ils feront leur travail en incorporant ces brisures dans la terre. Elle en sera enrichie en organismes microbiens, utiles aux plantes en ce qu'ils favorisent l'assimilation des engrais. Et, bien entendu, elle sera assouplie, aérée, enrichie en humus.

Si l'on a une terre lourde et argileuse, cette façon de faire en améliorera, année après année, la texture. Le sol sera plus facile à travailler en toute saison. Il collera moins l'hiver contre le fer de la bêche. Se craquellera beaucoup moins l'été sous l'effet du soleil et de la sécheresse. Si la terre est très calcaire, cet humus né de la décomposition des feuilles et des brindilles de taille rectifiera peu à peu le potentiel
hydrogène (le PH) pour le ramener vers la neutralité.


MOINS DE MAUVAISES HERBES

Si la terre est sableuse, l'effet sera inverse. Elle prendra de
la consistance, retiendra mieux l'eau l'été. Sans atteindre la fertilité d'une terre argileuse allégée par l'humus, dans laquelle quasi tout pousse d'une façon épatante, le sol sableux amélioré année après année par du compost ou une couche de feuilles mortes deviendra nettement plus apte à voir pousser autre chose que des queues de renard, des bruyères, des ajoncs
ou des genêts.

Sans compter que si la couche de compost ou de feuilles mortes
est épaisse d'une bonne dizaine de centimètres, la levée des graines de mauvaises herbes en sera contrariée, au point qu'elles seront plus faciles à combattre. Notamment le liseron qu'il est alors relativement aisé de repérer quand il sort de terre. Tirer dessus devient un jeu d'enfant. Certes, la racine n'est pas tuée et il repoussera, mais au moins, si l'on ne laisse pas la garde, s'apercevra-t-on que d'être sans cesse contrarié dans sa volonté de conquêtes le liseron se fait peu à peu tout petit.

Compost ou feuilles mortes ? En fait, il faudrait utiliser les
deux ensemble. Le compost fait cet été est déjà mûr, si l'on a pris soin de remuer le tas pour l'aérer. Et l'on peut de façon profitable soit l'étaler sur le sol en une couche de 2 ou 3 centimètres sur laquelle on étalera les feuilles mortes broyées, soit le mettre sur les feuilles mortes qui seraient, elles, alors préalablement répandues sur le sol. Le compost
évitera qu'elles ne s'envolent.

La première solution paraît meilleure. Car, de toute façon, les
merles viendront faire le ménage en soulevant, en grattant les feuilles pour chercher des insectes à becqueter. Suivis dans leurs travaux de fouilles par les rouges-gorges, les mésanges mangeant plutôt en l'air, et les sansonnets.
Et sans doute les mulots, qui se laissent moins facilement observer.

Si l'on a des feuilles de marronnier, il n'y a rien d'autre à
faire que les brûler ou les porter à la déchetterie. Moins pour le parasite qu'elles abritent l'hiver et qui serait la cause de leur roussissement prématuré que parce qu'elles ne pourrissent pas.

Alain Lompech

Article paru dans l'édition du Monde du 27 10 2005


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