Jardinage

 


Il est temps de tailler ses rosiers...

 

 

Ce n'est pas qu'il fasse doux, mais le soleil brille un peu. L'air
est plus humide que les jours de grand vent sec qui fait se faner les
rhododendrons dont les feuilles pendent alors un peu grises et ternes,
tandis que celles des lauriers-tins foncent de plus en plus pour devenir
presque noir-violet. Leurs grappes de boutons attendent des jours meilleurs.
Il suffit qu'il fasse un peu doux, un peu soleil pour que les lauriers-tins
fleurissent, comme les prunus japonais qui de-ci de-là laissent s'épanouir
quelques petites fleurs roses. C'est joli, mais ce n'est pas le moment de
rêvasser. Il faut tailler les rosiers. La belle affaire ! Certains suivent
les conseils antédiluviens incrustés dans les mythes et légendes du
jardinage : ils taillent long en hiver et reprennent le sécateur en mars
pour terminer le travail. D'autres taillent l'hiver, appliquant aux rosiers
ce qu'ils appliquent à tous les arbustes. Et ils ont raison. Les rosiers
doivent être taillés en hiver et en été, surtout pas au printemps quand ils
ont déjà des pousses de 10 centimètres de long !


Un autre sujet de discussion sans fin est centré sur le nombre
d'yeux (les bourgeons) à conserver. Le chiffre de 3 si souvent avancé...
n'est pas à prendre au pied de la lettre ! En fait plus le rosier est
vigoureux et plus on peut le tailler long. Plus il est faible, plus il sera
taillé court pour qu'il n'ait pas trop de bourgeons à alimenter. C'est ainsi
que des Madame Meilland, Centenaire de Lourdes, Felicia ou Cornelia plantés
depuis cinq ou six ans, dans une terre riche, peuvent former des buissons
d'un bon mètre de diamètre pour bien plus en hauteur quand cette taille sera
impossible à obtenir d'un Sissi ou d'un Charles de Gaulle dont la végétation
est plus faible. A les voir, on comprend qu'ils ne peuvent pas être traités
de la même façon.

LE PLUS DE SQUELETTE POSSIBLE

Tailler les rosiers consiste donc à respecter chaque pied,
chaque variété pour faire en sorte qu'il ait le plus de squelette possible.
En cette saison, on taillera donc tous les rosiers qui fleurissent plusieurs
fois l'été (on les dit remontants) qu'ils soient grimpants, nains ou
buissons. Les branches mortes seront sacrifiées et toutes celles qui ont
poussé en 2005 seront réduites de moitié pour les gros buissons (1,2 m et
plus), des deux tiers pour les buissons bas. Une fois taillé chaque rosier
doit avoir une silhouette régulière, le centre du pied doit être aéré. Et
l'on coupe en biais, au-dessus d'un oeil qui regarde l'extérieur de la
plante.

Les vraiment gros pieds peuvent n'être taillés qu'un an sur deux : typiquement, les rosiers rugueux et leurs hybrides comme Blanc double de
Coubert, Rose à parfum de L'Haÿe, ou certains rosiers arbustes comme Nevada
ou sa mutation rose Marguerite Hillings. Ils s'en portent très bien et ont
un port plus naturel. La taille sévère est réservée aux rosiers plantés en
massifs de même couleur, souvent des rosiers à fleurs en bouquet plutôt bas
ou au contraire des géants comme Queen Elizabeth qui, exception parmi les
vigoureux, a besoin d'une taille sévère pour éviter qu'il ne pousse par trop
en hauteur.

Les rosiers grimpants remontants sont autrement plus difficiles
à tailler que les rosiers buissons. Une première taille consiste à supprimer
le bois mort et les branches les plus vieilles et les plus moches : elles
ont produit peu de bois sain en 2005 et leur extrémité est souvent
décolorée, maladive. Ensuite on repère les grandes pousses qui se sont
développées et n'ont pas fleuri l'été passé. Il faut les chouchouter car
c'est elles qui feront la charpente future du pied. Surtout ne pas les
tailler, mais les démêler du rosier et les plier délicatement mais fermement
pour les palisser à l'horizontale en faisant une sorte de Z avec. Il faut de
bons liens pour fixer le tout : le gros fil électrique monobrin gainé
jaune-vert est impeccable, on en fait des liens lâches qui n'écrasent pas le
bois et tiennent le coup. Il vaut mieux être deux et bien faire attention à
ne pas se prendre une branche dans la figure car les épines sont cruelles.

Ensuite, on taillera au-dessus d'un oeil toutes les petites branches nées en 2005 le long de celles des années précédentes pour les ramener... à trois yeux, pour le coup ! Un rosier grimpant bien taillé doit être harmonieux vu de face, bien étalé, bien aéré, sans branches verticales et ne doit pas faire plus d'une trentaine de centimètres d'épaisseur quand on regarde son profil.

Article paru dans l'édition du Monde du 06.01.2006


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