Jardiner, c'est un métier

 

 

Il paraît que 83 % des Français jardinent. Si un géranium sur un rebord de fenêtre ou un pot de chrysanthème déposé sur une tombe suffisent pour être comptabilisé, le chiffre est sans doute bon. Les dépenses annuelles placent cette passion derrière le sport et avant l'informatique. Il faut dire qu'elle est moins mauvaise pour la santé que le premier et moins aliénante que la seconde. M6 diffusait dimanche un documentaire-reportage, pas bien critique, montrant les "destins de jardinier" d'un chanteur de variété, d'un responsable des achats d'une jardinerie, d'un rosiériste, d'un jardinier alpiniste et de deux étudiants en art du jardin à Versailles. Mon premier est un consommateur amoureux des plantes pour leurs couleurs et leur attrait immédiat. Si au printemps suivant elles n'ont plus bonne mine, il les jette pour les remplacer, sans état d'âme. Ça tombe bien, il fait ses courses dans la jardinerie en question. Les plantes y attendent le chaland, alignées comme des soldats romains prêts à être décimés. Nous sommes dans la plante industrielle à usage unique. Pierre Guyot est le descendant du rosiériste à qui l'on doit La France, le premier hybride de thé qui a introduit la faculté aux rosiers de fleurir continuellement du printemps aux premiers froids. Il en "invente" encore lui-même. M6 le montre le nez dans les fleurs d'un rosiériste américain qui les cultive à perte de vue dans le désert californien. Sa consoeur américaine donne dans le prêt-à-jeter et prétend pouvoir lancer les modes en un tournemain. Elle nous annonce la création prochaine d'une vraie rose bleue. Sentira-t-elle aussi bon que Sissi et Charles de Gaulle, annoncées comme bleues, elles aussi, qui ne l'ont été que sur les catalogues ? Si elle réussit, ce sont des centaines de millions de dollars qui vont pleuvoir. Patrick Blanc est le promoteur du mur végétal. C'est beau, ça humanise les villes : les façades d'immeuble prennent soudain vie. On le suit en Thaïlande, où il a installé ce qui est le plus grand mur qu'il ait jamais réalisé, cherchant et trouvant les plantes qui vont vivre ensemble comme elles croissent naturellement accrochées aux rochers ruisselant d'eau dans les pays tropicaux. Le résultat est magnifique. Mais ce n'est pas vraiment du jardinage... Etudiants, Julien et Céline mettaient du bon sens dans cette émission superficielle. Tout part des plantes, il faut les connaître, savoir les faire pousser, accumuler tout un savoir avant de parler d'art du jardin..., dit Julien en substance. Quel boulot ils ont abattu, pour la beauté du geste, dans un coin du parc du château de Versailles, en trimant tous les week-ends pendant un an ! Le jardinage, c'est de la sueur, de l'observation et de la persévérance. Et là, il est moins certain que 83 % des Français jardinent.

Alain Lompech Article paru dans l'édition du Monde du 11.04.06

 


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