Jardinage


Sus aux liserons !

Ils n'attendaient que ça, une bonne averse sur une terre bien
chaude, pour sortir de terre au pied d'un mur de pierre : maudits liserons !


La semaine précédente, une vieille volière avait été démontée,
la terre avait été bêchée et, bien sûr, on en avait extirpé les racines de
cette mauvaise herbe tenace, hantise du jardinier qui la craint plus que
toute autre, bien qu'elle soit si belle quand elle épanouit ses grandes
fleurs blanches en trompettes, semblables à celles de ses cousins, les
volubilis bleus.


Ses racines ont donc été sorties de terre puis jetées à la
poubelle. Surtout on n'a pas laissé la moindre portion en terre de celles
qu'on a trouvées : un nouveau pied en aurait surgi.

Mais, forcément, on en a laissé quelques-unes, plus profondes
que le fer de bêche, et ce sont elles qui sont sorties de terre cette nuit.
Il va donc falloir reprendre la bêche pour soulever la terre auprès des
bouquets de feuilles en forme de coeur qui sont pour le moment au ras du
sol, et finir ce travail qu'en réalité on n'a jamais terminé. Mais cela ne
virera pas à l'obsession : on va construire, dans les semaines qui viennent,
un appentis dans ce coin-là pour y ranger les meubles de jardin à la
mauvaise saison et la tondeuse à gazon entre deux tontes. Quatre poteaux de
chêne achetés à la scierie voisine supporteront un toit de vieilles tuiles
plates fait dans les règles de l'art.


UNE PETITE SERRE FROIDE


Dans le prolongement, on a prévu de construire une petite serre
froide pour y installer deux pieds de vigne : un chasselas doré et un muscat
noir. Les ceps seront plantés à l'extérieur, mais leurs tiges seront
conduites sous la verrière par des passages aménagés spécialement. L'été,
des pieds de tomates les y rejoindront.

Ça fera cher le kilo de raisins et de tomates, mais on en
profitera pour y faire hiverner quelques plantes, pas trop frileuses, et les
boutures d'arbustes y seront faites en septembre-octobre. Elles passeront
ainsi l'hiver à l'abri des grands froids qui les contrarient parfois,
d'autant que la serre sera installée dans l'angle d'un mur orienté au sud et
à l'est.

Pour cela, il a fallu rabattre un gros pied de boules de neige.
Il tenait debout car il était soutenu par la volière. Sans son appui, il se
serait effondré comme ceux du voisin. Ce n'est pas grave, cet arbuste repart
très bien sur le vieux bois.

De l'avoir coupé fait un peu d'air aux plantes voisines, dont un
magnifique rosier dont les fleurs blanches embaument. C'est une vieille
variété, un classique Rosa alba double aux feuilles vert d'eau et mates, ne
fleurissant qu'en juin, chaque année ravagé par la rouille, chaque année
fidèle au rendez-vous. Il pousse sur ses racines et drageonne sans être
envahissant. Cet automne, deux ou trois jeunes pieds seront arrachés pour
être replantés ailleurs. Pour son malheur, ce rosier pousse là où s'élèvera
la petite serre froide.

Alain Lompech
Article paru dans l'édition du 16.06.06


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