Une peinture "antigrippe"
pour revêtir sols et murs.

Une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Cambridge, dans la banlieue de Boston, a créé une "peinture antimicrobienne" pouvant détruire des bactéries, des parasites et le virus de la grippe. Sa première utilisation se fera vraisemblablement dans les hôpitaux, pour revêtir murs, sols, poignées de portes et lutter ainsi contre le fléau des maladies nosocomiales, explique Alexander Klibanov, professeur de chimie et de bio-ingénierie au MIT. Le scientifique espère une commercialisation d'ici deux à trois ans après les procédures d'homologation et la mise au point du processus de production. Cet enduit est constitué "de polymères très particuliers qui possèdent des piques extrêmement petites, d'une taille inférieure à 1 micron, explique M. Klibanov. Ces piques percent les membranes des bactéries et l'enveloppe du virus de la grippe, mais au toucher, pour vous et moi, aucune aspérité n'est ressentie". Des tests réalisés ont montré que la présence du virus de la grippe était réduite dans une proportion de 10 000 à 1 sur des surfaces enduites de cette "peinture". Des résultats similaires ont été obtenus avec des bactéries comme Escherichia coli ou des souches de staphylocoques souvent résistantes aux antibiotiques. "L'un des avantages de cet enduit est qu'il est peu vraisemblable que les bactéries soient capables de développer des formes de résistance comme elles le font avec les antibiotiques traditionnels. Il est difficile pour ces organismes d'évoluer de façon à empêcher les piques des polymères de déchirer leurs membranes", explique M. Klibanov. Pour tester une éventuelle résistance, les chercheurs du MIT ont déposé des bactéries sur une surface enduite : 99 % d'entre elles ont été détruites. Les survivantes ont été récupérées, cultivées puis mises de nouveau sur une surface traitée où 99 % ont disparu. Le processus a été répété douze fois de suite, avec les mêmes résultats. Aucune forme de résistance n'a donc été détectée. Ces recherches sont financées depuis deux ans par l'armée américaine, via l'Institute for Soldier Nanotechnologies (centre établi en partenariat avec le MIT), et par l'Institut national de la santé des Etats-Unis. Un partenaire privé, le constructeur aéronautique Boeing, et un centre de recherche de l'armée ont également été associés pour développer les processus de fabrication. Selon les concepteurs, cet enduit une fois déposé devrait rester efficace de nombreuses années.

Eric Leser
Article paru dans l'édition du Monde du 04.02.07.

 

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