LA FRANCE ANTISEMITE

DU REGIME DE VICHY

En 1940, la France comprend une population juive installée depuis des siècles. A cela il faut ajouter des populations juives arrivées récemment d' Europe centrale et orientale qui pour la plupart n'ont pas la nationalité française.


De 1940 à 1944, l'Etat français va pratiquer une politique d'exclusion et de persécution des Juifs en devançant les demandes des autorités allemandes.


La politique antisémite du gouvernement de Vichy se caractérise par trois points:


Premièrement, la définition, le classement et l'isolement des Juifs au sein de la population française. Ainsi le 3 octobre 1940 est promulguée la loi portant statut des Juifs. Ce texte exclut des citoyens français juifs de la fonction publique, de l'enseignement, de l'armée... Les Juifs se voient définis par des critères raciaux (article 1er). Une loi du 4 octobre à la fois antisémite et xénophobe s'en prend aux Juifs étrangers et donne aux préfets les pouvoirs d'interner « les étrangers de race juive ».(document en fin d'article).


Deuxièmement, le régime de Vichy encourage l'antisémitisme par une propagande raciste et xénophobe. Ainsi en mars 1941 un Commissariat Général aux questions juives est créé afin de coordonner la politique antisémite, son premier commissaire est Xavier VALLAT , remplacé en 1942 par DARQUIER de PELLEPOIX encore plus fanatique que le précédent.

18 Octobre 1940 JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE


LOI portant statut des juifs.


Nous, Maréchal de France, chef de l'Etat français,
Le conseil des ministres entendu,


Décrétons:


Art. 1. - Est regardé comme juif, pour l'application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race Juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-môme est juif.
Art. 2. - L'accès et l'exercice des fonctions publiques et mandats énumérés ci-après sont Interdits aux juifs:
1 Chef de l'État, membre du Gouvernement, conseil d'État, conseil de l'ordre national de la Légion d'honneur, cour de cassation, cour des comptes, corps des mines, corps des ponts et chaussées, Inspection générale des finances, cours d'appel, tribunaux de première instance, Justices de paix; toutes juridictions d'ordre professionnel et toutes assemblées issues de l'élection.


2. Agents relevant du département des affaires étrangères, secrétaires généraux des départements ministériels, directeurs généraux, directeurs des administrations centrales des ministères, préfets, sous-préfets, secrétaires généraux des préfectures, Inspecteurs généraux des services administratifs au ministére de l'intérieur, fonctionnaires de tous grades attachés à tous services de police.

3. Résidents généraux, gouverneurs généraux, gouverneurs et secrétaires généraux des colonies, Inspecteurs des colonies.


4. Membres des corps enseignants.

5. Officiers des armées de terre. de mer et de l'air.

6. Administrateurs,. directeurs, secrétaires généraux dans les entreprises bénéficiaires de concessions ou de subventions, accordées par une collectivité publique, postes à la nomination du Gouvernement dans les entreprises d'intérêt général.


Art. 3. - L'accès et l'exercice de toutes les fonctions publiques autres que celles énumérées à l'article 2 ne sont ouverts "aux Juifs que s'ils peuvent exciper de l'une des conditions suivantes:


a) Etre titulaire de la carte de combattant 1914-1918 ou avoir été cité au cours de la campagne 1914-1918;


b) Avoir été cité à l'ordre du Jour au cours de la campagne 1939-1940;

c) Etre décoré de la Légion d'honneur à titre -militaire ou de la médaille militaire.


` Art. 4. - L'acces et l'exercice des professions libérales, des professions libres, des fonctions dévolues aux officiera ministériels et à tous auxiliaires de la justice sont permis aux juifs, à moins qui des règlèments d'administration publique n'aient fixé pour eux une proportion déterminée. Dans ce cas, les mêmes règlements détermineront les conditions dans lesquelles aura lieu l'élimination des juifs en surnombre.


5. - Les juifs ne pourront sans condition ni réserve, exercer l'une quelconque des professions suivantes :

Directeurs, gérants, rédacteurs de Journaux, revues, agences, ou périodiques, à l'excepdon des publications de caractère strictement scientifique.
Directeur, administrateurs, gérants d'entreprises ayant pour objet la fabrication, l'impression, la distribution, la présentation de films cinématographiques; metteurs en scène et directeurs de prises de vues, compositeurs de scénarios, directeurs, administrateurs, gérants de salles de théâtres ou de cinématographie; entrepreneurs de spectacles, directeurs, administrateus, gérants de toutes entreprises se rapportant à la radiodiffusion.


Des règlements d'administration publique fixeront, pour chaque catégorie, les conditions dans lesquelles les autorités publiques pourront s'assurer du respect, par les intéressés, interdictions prononcées au présent article, ainsi que les sanctions attachées à ces interdictions.


Art. 6. - En aucun cas, les juifs ne peuvent faire partie des organismes chargés de représenter les professions visées aux articles 4 et 5 de la présente loi ou d'en assurer la discipline.


Art. 7- Les fonctionnaires juifs visés auxarticles 2 et 3 cesseront d'exercer leurs fonctions dans les deux mois qui suivront la promulgation de la présente loi. Ils seront admis à faire valoir leurs droits à la retraite s'ils remplissent les conditions de durée de service; à une retraite proportionnelle s'ils ont au moins quinze ans de service; ceux ne pouvant exciper d'aucune de ces conditions recevront leur traitement pendant une durée qui sera fixée, pour chaque catégorie, par un règlement d'adminis- tration publique.

Art. 8. - Par décret individuel pris en conseil d'État et dûment motivé, les juifs qui, dans les domaines littéraire, scientifique, artistique; ont rendu des services exceptionnels à l'Etat français, pourront être relevés des interdictions prévues par la présente loi.
Ces décrets et les motifs qui les justifient seront publiés au Journal officiel.


Art. 9. - La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat.


Art. 10. - Le présent décret sera publié au Journal officiel pour être observé comme loi de l'Etat.


Fait À Vichy, le 4 octobre 1940.

Ph PETAIN

Par le Maréchal de France, chef de l'État français


La vice-président , du conseil,
PIERRE LAVAL.


Le garde des sceaux,
ministre secrétaire d'État à la justice,
RAHAEL ALIBERT.


Le ministre secrétaire d'État à l'intérieur,
MARCEL PEYROUTON

le ministre secrétaire d'Etat aux affaires étrangères

PAUL BAUDOUIN.

le ministre secrétaire d'Etat à la guerre

G. HUNTZIGER

le ministre secrétaire d'Etat aux finances

YVES BOUTHILLIER

le ministre secrétaire d'Etat à la marine

A. DARLAN

le ministre secrétaire d'Etat à la production industrielle et au travail

RENE BELIN

le ministre secrétaire d'Etat à l'agriculture

PIERRE CAZIOT

 

 

LOI sur les ressortissants

étrangers de race Juive.


Nous, Maréchal de France, chef de l'Etat français,
Le conseil des ministres entendu,


Décrétons:

Art. 1. - Les ressortissants étrangers de race juive pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet du département de leur résidence.

Art. 2. - Il est constitué auprès du ministre decrétaire d'Etat à l'intérieur une commission chargée de l'organisation et de l'administration de ces camps.

Cette commission comprend :

Un inspecteur général des services administratifs ;

Le directeur de la police du territoire et des étrangers, ou son représentant ;

Le directeur des affaires civiles du ministère de la justice ou son représentant ;

Un représentant du ministère des finances.

Art. 3. - Les ressortissants étrangers de race juive pourront en tous temps se voir assigner une résidence forcée par le préfet du département de leur résidence.

Art. 4. - Le present décret sera publié au journal officiel pour être observé comme loi de l'Etat.

Fait à Vichy, le 4 octobre 1940.

 

PH. PETAIN

Par le maréchal de France chef de l'Etat français.

Le minisitre secrétaire d'Etat à l'intérieur,

MARCEL PEYROUTON

Le ministre secrétaire d'Etat aux finances

YVES BOUTHILLIER

Le garde des sceaux, ministre secrétaire d'Etat à la justice

RAPHAEL ALIBERT

 



Troisièmement, à partir de 1942, l'appareil d'Etat (administration et police) participe aux opérations commanditées par les nazis visant à la déportation et à la mise en application de la « Solution Finale ». C'est dans ce cadre qu'en mars 1942, le premier convoi juif quitte Drancy, qu'en juillet 1942 est déclenchée la grande rafle du « VEL'D'HIV ». L'occupation de la Zone Sud par les Allemands, en novembre 1942, ne fait qu'aggraver le sort des populations juives.


Quel bilan peut-on faire de cette politique ? Selon Serge Klarsfeld, entre le printemps 1942 et l'été 1944, 76 000 juifs ont été déportés de France dont 2 500 ont survécu.
Les deux tiers des déportés étaient des Juifs étrangers :

Polonais (26 000 ), Allemands (7 000), Russes (4 500), Roumains (3 300)...


Même si l'élimination des Juifs n'entrait pas dans les objectifs du gouvernement de Vichy, celui-ci a été un instrument efficace dans la première étape de « la solution finale », à savoir l'exclusion et la déportation.


Que dire de l'attitude de la population française ? Les mesures antisémites de Vichy et de l'occupant ont été reçues souvent avec passivité par une population qui n'en voyait pas l'étendue des conséquences. Mais quand la persécution devient plus importante, de plus en plus de citoyens français s'y opposent et tentent de sauver des Juifs. Comme l'écrit l'historienne Annette Wieviorka : » et pourtant si trois Juifs sur quatre réussissent à survivre en France pendant ces années terribles, c'est que Vichy n'a pas pu effacer au pays des Droits de l'Homme trois quarts de siècle de culture républicaine. »


Il n'est pas inutile de relire les propos de Mgr SALIEGE, cardinal archevêque de Toulouse qui, dans sa pastorale du 20 Août 1942, écrivait: « Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et ces mères de famille. Ils font partie du genre humain ; ils sont nos frères comme tant d'autres... ».


Une voix isolée pendant ces années sombres ?

Pierre CHEVALERIAS


Sources :


François BEDARIDA : « Le nazisme et le génocide, histoire et enjeux » (Nathan 1989)

Serge KLARSFELD : « VICHY-AUSCHWITZ » (Fayard 1983-85)


M.MARRUS et R .PAXTON : « Vichy et les juifs » (Calman Levy 1981)

L'HISTOIRE (hors série n°10, janvier 2001) : « Juifs de France »

 

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